En ce mois de décembre, des milliards de personnes préparent avec joie les fêtes de fin d’année. Les étoiles plein les yeux, ils décorent le sapin, s’émerveillent des illuminations, s’impatientent de retrouver leur proches, de réveillonner, déballer les cadeaux…
Et puis il y a les autres. Ceux qui se sentent loin de la magie de Noël. Ils subissent la période des fêtes. La simple idée du réveillon leur donne envie de fuir. Ils ressentent des peurs, de l’anxiété, des angoisses, de la tristesse ou de la colère.
Comme tous les ans, je constate que les demandes de consultations de fin d’année explosent. Car les personnes qui souffrent de l’avant-Noël sont très nombreuses. Leur état va du léger mal être à la véritable détresse.
Alors la question est… pourquoi ? Pourquoi autant de personnes se sentent mal en ce moment ?
J’ai dressé une liste des raisons les plus fréquentes, en m’inspirant des confidences de mes clients.
« Tout ça me met la pression »
Ils associent cette période à l’idée du « devoir ». Comme si on devait faire des choses au nom de la tradition familiale, en mettant de côté la notion d’envie et de choix.
Alors comme c’est le rituel de tous les ans, on achète un sapin et on le décore. Pour les cadeaux, on doit absolument gâter tout le monde et trouver l’idée originale. On doit prendre sur nos économies ou se serrer la ceinture car on n’a pas toujours les moyens financiers. On doit aussi prévoir un festin et se préparer à trop manger (et donc de reprendre le sport en janvier).
On doit poser des jours et faire des concessions quand les emplois du temps familiaux sont difficilement compatibles. Au prix parfois de passer des heures dans les bouchons. On doit aussi aller chez le coiffeur et se mettre sur son 31, être souriant et forcement s’amuser.
Toutes ses actions manquent de sens et mettent la pression. Elles donnent la sensation d’ « être obligé » et de subir les fêtes, bien plus que d’en profiter.
« Je redoute l’interrogatoire annuel «
En décembre, beaucoup de gens entrent dans l’introspection et font le bilan. Qu’est ce qui s’est passé dans ma vie ? Où j’en suis ? Comment je me sens ? Est-ce que j’ai réalisé ce projet ? Autant de questions qui replongent dans les moments forts, les beaux et les douloureux.
Et lorsque le négatif prend le dessus, il y a comme un goût de « raté », de déception, de perte de temps, de tristesse ou de colère. Et tourner la page de l’année écoulée devient plus difficile.
Alors ils redoutent encore plus l’interrogatoire insupportable du repas de famille : « Alors, toujours célibataire ? », « c’est elle qui t’a quitté ? », « Tu es encore au chômage ? », « mais enfin pourquoi tu n’achètes pas ? », « le mariage c’est pour quand ? », « le bébé, c’est pour quand ? » (…) Ce genre de moment qui remue le couteau dans la plaie. Et où ils se sentent comparés aux autres membres de la famille et jugés sur leur vie.
« Les tensions familiales m’épuisent »
Car les retrouvailles en famille à Noël, ce n’est pas que ce que véhiculent médias et publicités : la joie d’être ensemble, l’amour et le partage. C’est aussi un moment où les tensions, parfois anciennes, refont surface. Ainsi que les souvenirs de disputes, mots blessants, non-dits, incompris ou sentiments d’injustice.
Parfois, chacun promet de « faire des efforts ». On évite les sujets qui fâchent et de mettre X et Y à coté sur le plan de table. Reste tout de même le langage non verbal (soupirs, yeux au ciel, dents qui se serrent) et les froids qui restent palpables.
Mais pour d’autres, « pas question de jouer la comédie » : mettre de l’eau dans leur vin leur donne l’impression de ne pas être eux-même. Ils préfèrent monter le ton pour une confrontation directe, ce qui crée une ambiance conflictuelle et pesante.
« Il y a des trucs qui me rendent dingue »
Ce qui énerve aussi, c’est lorsqu’ils se rappellent brutalement que leur valeurs et priorités ne sont pas celles de leur famille.
Il est donc fréquent qu’une personne non-matérialiste et « anti-société de consommation » s’indigne face à une montagne de cadeaux et un festin démesuré. Idem pour celui qui est dans une démarche écologique et qui voit de multiples papiers cadeau partir à la poubelle, associé à un impressionnant gâchis de nourriture.
On se confronte aussi aux différents points de vue sur l’éducation des enfants, parfois dans les extrêmes. Par exemple, face à un enfant qui hurle, certains ne conçoivent pas d’être témoin d’une gifle, pendant que d’autres ne supportent pas que les parents n’interviennent pas.
Cette année, les appréhensions sur les réunions de famille sont encore plus fortes. La crise sanitaire, les différents points de vue sur le vaccin et les futures élections ont déjà divisé et éloigné beaucoup de personnes. Ils craignent que ces sujets ressortent et accentuent encore les tensions.
« Je me sens plus seul que d’habitude »
Noël renvoie enfin à de nombreuses personnes un fort sentiment de solitude.
Ceux qui se sentent déjà isolés au quotidien observent les gens qui s’agitent avec joie pour les préparatifs, ce qui augmente le sentiment d’exclusion.
Il existe aussi une autre forme de solitude qui touche ceux qui, paradoxalement, sont entourés. Ils sont en pleine réunion de famille, mais ne se sentent pas aimés pour qui ils sont, pas compris ou pas à leur place. Ils peuvent aussi se sentir blessés en recevant un cadeau impersonnel ou qui n’a rien à voir avec leur goût : « en fait, on ne me connait pas vraiment « .
Ce sentiment est renforcé car c’est une période où on pense aux absents. Ils repensent aux liens forts qu’ils ont eu avec des personnes avec qui ils se sont éloignés ou qui sont devenu des inconnus.
Et bien sûr, ils pensent avec nostalgie et tristesse aux absents qui ne sont plus de ce monde. Ces êtres chers qui leur manquent et à avec qui ils auraient voulu partager ces moments.
« Est ce que je suis bizarre ? »
Vous vous êtes reconnu dans certains points ? Eh bien, déculpabilisez. Vous avez le droit de ne pas apprécier cette période pour plein de raisons légitimes. Et vous n’êtes pas seuls. Vous êtes… plusieurs millions.
Je vous conseille déjà à ne pas rester seul avec votre mal-être. Exprimez votre vision des choses et vos émotions à votre entourage. Et si vous en ressentez le besoin, faites-vous accompagner.
Et je vous invite à remplacer « qu’est-ce que je dois encore organiser pour Noël ?», par « qu’est-ce que j’ai envie de faire cette année ? »
Car vous avez votre libre arbitre, même en cette période. Vous avez le droit de faire du tri et des choix.
Prenez le temps de faire le point : Qu’est-ce qui me fait plaisir pendant les fêtes ? Qu’est ce qui ne me convient pas ? A quoi je dis oui ? Et à quoi je dis non ?
Dire non vous permet de mettre des STOP et d’arrêter de subir. Vous redevenez acteurs de vos décisions. Il y a donc plus de place pour les émotions positives.
Vous l’aurez compris, il est temps de ré-inventer Noël à votre image.
Inspirez vous aussi des idées d’autres personnes : Voir moins de gens mais prendre plus le temps, remplacer le sapin par une plante de la maison, proposer un réveillon « léger et épuré », fêter Noël avec des voisins ou des gens qui partagent vos valeurs, faire du bénévolat …
Et si Noël comme on vous l’a transmis ne signifie rien pour vous, demandez-vous simplement quel sens vous souhaitez lui donner. Vous verrez, votre pression va diminuer et vous serez plus serein !
